Facebooktwitter

Le dauphin d’Irrawaddy, le sourire du Mékong.

Le 1er avril 2015, des villageois cambodgiens ont découvert la carcasse d’un dauphin, dans la province de Stoeng Treng, au nord du Cambodge. Alors qu’il ne restait que six dauphins d’Irrawaddy recensés dans cette partie du fleuve, la mort de ce dernier vient diminuer la faible population de cette espèce. Selon le Phnom Penh Post, il s’agit d’une femelle de 200kg, qui devait avoir entre 26 et 30 ans. D’après les experts, l’animal ne présentait aucune contusion ou blessure et serait décédé de causes naturelles. Pourtant, sa disparition apparaît comme un échec terrible pour les habitants de la région. Ils tentent en vain, de protéger cette espèce.

Après 3 décès en Birmanie en 2017, cette espèce est plus que menacée. Les causes ? La forte pollution des eaux, les filets de pêche dans lesquels les dauphins s’emmêlent ou encore l’électro-pêche.

Aujourd’hui classé en danger critique d’extinction, il ne resterait plus que 62 individus répartis sur une portion de 190 km du Mékong.

Ce mois-ci, le dauphin d’Irrawaddy est à l’honneur dans la réserve animale de Nidoo.

 

Le visage souriant du Mékong 

 

dauphin

Quel est donc ce drôle de mammifère à l’air rieur ? C’est le dauphin d’Irrawaddy ou dauphin du Mékong, du nom des eaux dans lesquelles on le retrouve. Bien qu’on le trouve aujourd’hui dans le fleuve du Mékong et dans le fleuve de l’Irrawaddy en Birmanie, c’est un dauphin océanique.

Arborant souvent des teintes pâles, ce dauphin présente un front protubérant de forme sphérique. Il ne possède pas de rostre comme le dauphin commun mais est capable d’avancer les lèvres pour cracher de l’eau. Le dauphin de l’Irrawaddy peut présenter différentes expressions faciales, qui lui donnent un air amical. Cet air rieur lui vaut le doux surnom de « visage souriant du Mékong ».

A la naissance, le dauphin ne fait qu’un mètre, mais peu atteindre 2,8 mètre à l’âge adulte. Un nouveau né pèse environ 10 kg pour atteindre ensuite 130 kg. Sa durée de vie est de plus ou moins 30 ans.

Le dauphin de l’Irrawaddy est un nageur lent. Il fait surface en roulant et ne soulève sa queue que pour une plongée profonde. Il fait des jets d’eau avec sa bouche lorsqu’il saute dans l’air.

Sa capacité de reproduction n’aide pas à la survie de l’espèce. En effet, une femelle ne conçoit qu’un petit tous les trois ans en moyenne. Malheureusement, la mortalité des bébés est inexplicablement élevée.

 

 

Les filets meurtriers

 

dauphin

 

Le dauphin d’Irrawaddy fait face à de nombreuses menaces. Destruction de leur habitat due à la pollution, la consanguinité, les maladies, l’électro-pêche, mais surtout les filets maillants.

Principal risque pour ce mammifère, ces filets déployés verticalement pendant une longue période, sont conçus pour que la tête des poissons reste coincée dans les mailles. D’après Gordon Congdon, spécialiste de la vie en eau douce chez WWF, ils sont «la plus grande des menaces » . Malgré leur interdiction, les habitudes ont la vie dure, et ne font qu’aggraver la situation déjà dramatique des dauphins de l’Irrawaddy.

L’autre grand danger viendrait du développement de l’électro-pêche : de plus en plus de groupes utilisent cette technique illégale dans les rivières birmanes, selon les autorités birmanes et les ONG. Au départ, ils utilisaient de petites batteries. Aujourd’hui, ils ont recours à des batteries de voiture, des transformateurs à haute tension… Ce genre de pratique est passible d’une peine pouvant aller jusqu’à trois ans d’emprisonnement et d’une amende de 200.000 kyats (140 euros) – une petite fortune pour les villageois locaux. Mais les poursuites sont exceptionnelles, par laxisme des autorités, et ces bandes vivent en toute impunité.

Depuis des décennies, des centaines de pêcheurs birmans dans le centre du pays travaillent en harmonie avec les dauphins qui guident les poissons dans leurs filets. Un folklore local de plus en plus apprécié des touristes mais aujourd’hui menacé. Les pêcheurs craignent maintenant que le lien ancestral entre eux et les dauphins soit cassé à jamais.

 

L’éco-tourisme pour protéger le dauphin

 

dauphin

Les quelques 30 000 touristes annuels peuvent être une source de protection de l’espèce. En effet, l’ONG Wildlife Conservation Society, a mis en place un programme d’observation des dauphins. Des visites guidées respectueuses de l’environnement sont proposées aux touristes. Elle espère que cela incitera les habitants à protéger les animaux et leur habitat. En parallèle, l’organisation forme les villageois à la cuisine ou aux bonnes pratiques pour qu’ils deviennent des guides écologiquement responsables.

Cependant, même si des efforts de conservation sont entrepris pour sauver le mammifère, le combat des autorités face aux menaces qui pèsent sur l’espèce reste difficile. Au-delà des craintes liées à l’avenir de cet animal, ces disparitions nourrissent également des inquiétudes en termes d’économie et de tourisme. Les activités mises en place autour des dauphins de l’Irrawaddy attirent de nombreux touristes, ce qui génère des revenus non négligeables pour les locaux. Néanmoins, tout le monde n’y trouve pas son compte. Ces filets pourtant meurtriers sont malheureusement un moyen pour beaucoup de cambodgiens de subvenir à leurs besoins. Là réside la complexe équation entre pauvreté et préservation des espèces naturelles…

 

Anecdote 

 

dauphin

Le dauphin d’Irrawaddy est vénéré par les Cambodgiens, qui le considèrent comme la réincarnation d’êtres humains. Selon un mythe populaire, une jeune fille poursuivie par les forces du mal se serait réfugiée dans le Mékong. Le fleuve ayant entendu ses craintes et prières l’aurait alors métamorphosée en une créature de la rivière pour la protéger et la laisser vivre en paix. C’est ainsi, racontent les habitants de la région, que sont nés ces dauphins.

 

Passionnée des animaux domestiques et sauvages, sensible aux questions environnementales et à la protection de notre planète, l’équipe de Nidoo vous présente chaque mois une espèce en voie de disparition à protéger. A retrouver sur le blog de Nidoo.

 

Lauren de Nidoo.

Illustration par Alice Trichelieu.