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La saïga, l’antilope migratrice.

La saïga est l’une des espèces animales aux migrations parmi les plus spectaculaires au monde. Habitante d’un milieu déjà hostile, elle doit malheureusement faire face à un avenir très incertain en raison du braconnage et de la réduction de son habitat.

Cette antilope peu connue, au physique atypique, est reconnaissable facilement grâce à son nez proéminent et mou qui ressemble à une trompe. Cet appareil nasal sert à filtrer la poussière du désert soulevée du sol afin qu’elle n’atteigne pas les poumons.  Leur longues pattes sont un atout pour affronter leur existence nomade.

Aujourd’hui, la saïga est une espèce en danger critique d’extinction et l’une des dernières espèces survivantes de l’ère glaciaire de Würm. On ne compte plus que 150 000 saïgas, principalement au Kazakhstan.

Ce mois-ci nous vous présentons cet animal menacé méconnu: la saïga.

 

 

Une migration spectaculaire et perpétuelle

 

saïga

 

La saïga est la dernière espèce de mammifère migratrice des grandes steppes centrales eurasiatiques. Elles sont caractéristiques de par leur climat rigoureux et les importantes amplitudes thermiques qu’elles présentent. Autrefois, l’antilope vivait dans les steppes et les régions semi-désertiques d’Europe du Sud-est et en Asie centrale. Aujourd’hui, il ne reste plus qu’une population en Russie et trois autres au Kazakhstan. Néanmoins, en hiver, certains animaux atteignent le nord de l’Ouzbékistan et du Turkménistan.

Elles vivent l’été en troupeaux de 30 à 40 individus. Mais quand l’hiver s’installe, les troupeaux se réunissent, et constituent des groupes de dizaines de milliers de saïgas qui voyagent ensemble pour fuir la neige et trouver des pâturages verts. Cette migration de plusieurs centaines de kilomètres, vitale pour leur survie, est parmi les plus spectaculaires au monde. De plus, les saïgas vivent en harem. Les mâles combattent pour s’approprier un harem pouvant compter quelques 25 femelles. Ce mode de vie permet aux saïga de maintenir un fort taux de natalité. Cela participe au peuplement de l’espèce.

 

 

Menaces sur la population des saïgas

 

saïga

Les saïgas sont, comme la plupart des espèces sauvages, victimes de nombreux prédateurs comme les loups, les renards ou encore les aigles. Cependant, la chaine alimentaire ne peut expliquer le déclin foudroyant de l’espèce.

  • Graves épidémies

Ces antilopes sont victimes de manière régulière de graves épizooties (des épidémies ciblant une espèce animale). En 1950, on recensait près de 2 millions de Saïgas ce qui faisait de cette espèce d’antilope l’espèce la plus peuplée. En 2010, près de 12 000 antilopes sont mortes en l’espace de quatre jours seulement. En 2015, ce sont près de 200 000 bêtes qui succombent à une maladie entre mai et juin. Cette maladie infectieuse appelée pasteurellose connait un taux de mortalité de presque 100%. La bactérie responsable est une bactérie qui se trouve naturellement dans les voies respiratoires des saïgas. Il les alors encore difficile pour les scientifiques de savoir ce qui déclenche la maladie.

Ces épidémies multiples se déroulent lorsque que les saïgas se regroupent pour la période des mises bas. Concentrée sur un espace-temps très réduit d’une semaine,les individus sont donc rassemblés de manière très dense.

  • Perte d’habitat

L’habitat naturel des antilopes saïgas a été transformé par l’homme à des fins agricoles. Les antilopes eurasiennes ont donc à faire face à une concurrence accrue du bétail domestique sur les pâturages. Dernièrement, une succession d’hivers difficiles suivis de longues périodes de sécheresse estivale n’ont pas facilité la reconstitution des populations. La saïga est une espèce sans cesse en mouvement, car encore plus que d’autre, elles ont besoin d’herbe fraîche pour survivre.

La récente augmentation des incendies des steppes est un autre motif d’inquiétude. Les hivers rigoureux peuvent également causer une mortalité massive.

  • Braconnage

Comme celle du rhinocéros, la corne des saïgas est utilisée dans la médecine traditionnelle asiatique qui lui prête des vertus médicinales supposées notamment détoxifiantes, une efficacité contre l’hypertension, la toux… elle vaut par conséquent très cher sur le marché noir. Le braconnage des mâles, les seuls à porter des cornes, a eu un impact important sur la répartition de la population de saïgas. Le ratio sexuel actuel est de dix femelles pour un mâle.

Autre raison au braconnage: l’éclatement de l’URSS en 1991. Il a provoqué de graves difficultés financières dans les anciens pays de l’Union. La viande de saïga, alors espèce très répandue, est devenue très prisée. La chasse incontrôlée a provoqué une chute brutale de la population. A présent, cette menace est mieux maîtrisée. En 2015, 107 cas de braconnage ont été identifiés.

 

 

 

 

Protection de la saïga

 

saïga

 

Depuis 2002, l’espèce est considérée comme en « danger critique d’extinction » et inscrite sur la liste rouge de l’IUCN (Union internationale pour la conservation de la nature), et en Annexe II de la CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction). Leur commerce est donc réglementé et il est nécessaire d’avoir un permis spécial pour abattre une de ces antilopes. Cette mesure a pratiquement permis de mettre fin au braconnage et au commerce de la corne de saïga.

Comme il s’agit d’une espèce migratrice, il est impossible de les réunir dans des parcs naturels ou des aires protégées. Contre les épizooties, les scientifiques manquent encore d’informations. Comment une bactérie naturellement présente dans le corps des animaux peut tuer 200 000 bêtes en quelques jours? Certains aimeraient vacciner les saïgas par aérosol mais le remède pourrait faire autant de dégâts que le mal lui-même.

Sauver la saïga demeure un épineux problème, conjonction d’un ensemble de facteurs plus ou moins directs. Même si le braconnage est freiné et que son territoire est davantage préservé, il se peut que les quelques 150 000 saïgas restantes ne suffisent pas à sauver l’espèce. En effet, si la menace épidémique demeure, si la proportion entre mâles et femelles est trop déséquilibrée et si le patrimoine génétique de l’espèce s’en trouve trop appauvri, les chances de survie de l’espèce pourraient être faibles.

 

Restent comme lueur d’espoir : la fécondité importante de l’espèce, le fait qu’elle ait surmonté d’autres crises majeures dans le passé ou que des plans de sauvegarde innovants soient mis en place. Ainsi comme ce fut le cas pour le cheval de Przewalski (lui aussi habitant originel des steppes eurasiatiques), il est envisagé un plan de réintroduction et de restauration des populations de saïgas en Europe de l’Est. Soutenu par l’ONG « Rewilding Europe », ce projet pourrait permettre de consolider les populations de saïgas dans des espaces mieux protégés, contrôlés, notamment vis à vis du braconnage. Reste maintenant à savoir si la pandémie actuelle tendra à diminuer ou continuera ses ravages…

 

Anecdote

 

saïga

Attention au déterminant devant le nom «saïga»! Une saïga est une antilope eurasienne menacée mais un saïga est un fusil semi-automatique de fabrication russe, sur le modèle d’une autre arme restée célèbre : la kalachnikov. Le second peut donc nuire au premier!

saïga

Passionnée des animaux domestiques et sauvages, sensible aux questions environnementales et à la protection de notre planète, l’équipe de Nidoo vous présente chaque mois une espèce en voie de disparition à protéger. A retrouver dans la réserve animale

 

Lauren de Nidoo.

 

Illustration par Alice Trichelieu 

 

 

 

 

 

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